J'ai enfin réalisé mon rêve. Rêve vieux de 4 ans que je voulais absolument réaliser le plus tôt possible soit dès l'âge de 18 ans, mais j'ai longtemps pensé que ce ne serait pas possible cette année là.
Au début, je voulais m'inscrire sur l'IRONMAN de Nice mais ce fut impossible car il fallait avoir au moins 21 ans. Mais finalement, la France est un des seuls pays ou l'on ne peut pas courir cette épreuve a 18 ans. Alors mon père m'a fait le plus beau cadeau: m'inscrire sur l'IRONMAN SUISSE a Zürich qui allait se dérouler le 25 Juillet 2010...
La route allait être longue: plus de 10 mois d'attente, de préparation, de doutes... mais au final, ce serait magnifique.
Je partais donc le Vendredi 23 Juillet vers midi pour rejoindre Montbéliard, ville ou a grandit mon père. Après 10h de route, je rejoignais avec mon père, mes grands parents pour passer une bonne dernière nuit de someil...
Le Samedi, il fallait se lever tôt, déjà une longue journée s'annoncait: rejoindre la Suisse, trouver le lieu de la course, récupérer le sac avec le dossard, déposer le vélo dans le parc... Zürich est une grande ville et il est impossible de s'y déplacer en auto, alors il fallait jongler entre plusieurs tramways pour se rendre au lac, lieu de départ.
Une fois sur place, je découvre un autre monde, des milliers de passionnés de l'effort longue distance comme moi. Tous venus pour devenir IRONMAN, on a tous préparer cet evenement depuis des mois avec des heures et des heures d'etraînement. Mentalement, on était tous prèt a vivre le jour le plus dur et le plus long de l'année, même si certains venaient avec l'ambition de repartir avec une qualification pour disputer les championnats du monde IRONMAN à Hawaii en Octobre prochain. Moi, je venais avant tout pour finir, je voulais voir comment l'on se sentait après une telle épreuve et aujourd'hui, je peux tout vous raconter...
La journée du 25 Juillet 2010 commencait donc à 2h45 du matin pour moi. Je n'avais pas pu dormir, pourtant couché à 21h30, endormi vers 23h30 j'étais déjà reveillé à 2h00.
Puis vient le moment ou il faut poser le premier à terre pour s'habiller, faire chauffer la grande assiette de pâtes préparer gentillement par ma Mamie quelques heures avant. Je mange jusqu'a plus faim, 1kg de pâtes et 4 tranches de jambon. Je suis plein, ce sera le seul vrai repas de la journée.
A 4h00, il est temps de rejoindre le coeur de Zürich pour y prendre le tramway prévu à 5h00, arrivé un peu plus tôt, l'attente est longue, alors on profite de ces derniers instants de calme car dans 2h00 on ne pourra plus faire machine arrière. Il faudra prendre le tramway puis un taxi pour se rendre au départ et une fois arrivé sur place c'est géant! que de monde! il fait pourtant encore noir mais tout le monde est prèt.
Il faut donc se rendre dans le parc à vélo pour préparer le materiel: gonffler les pneus, déposer les serviettes pour la transiton, les chaussures... D'où je suis je peux voir les professionnels eux aussi en train de préparer le materiel, déjà très concentrés. Une fois tout préparer, il est déjà 6h30. Il est temps d'enfiler la combi de natation puis de se rendre au départ quelques centaines de mètres plus loin.
Arrive très vite le moment de se mettre à l'eau, le départ serait donné dans quelques minutes...
J'avais la tête sous l'eau lorsque j'entendais le canon, je comprendais de suite que c'etait le signal de départ. Pendant quelques secondes, je repensais à tous ces mois de préparation, aujourd'hui, j'allais savoir si ca allait payer.
Il faut se sentir bien en nageant, ne surtout jamais avoir le coeur qui monte ou les muscles qui piquent. C'est ce que j'arrive à faire, nager sans être géné par les autres, bien m'orienter, la première boucle natation se passe bien, a la sortie de l'eau à l'australienne, je jette un oeil au chrono: 33'30, ah je pensais être un peu mieux que ca...
C'est partit pour le deuxième et dernier tour de cette première étape de la journée. Lorsque je respire je peux voir un ciel bleu magnifique. La journée s'annonce belle, il n'y aura surement pas de pluie, génial. Lorsque je regarde où je m'oriente, le soleil me dérange, en plus j'ai de la buée dans les lunettes. La natation est interminable, on n'en voit pas le bout, puis on arrive à une bouée ou il faut faire un virage et là, on distingue l'air d'arrivée de la natation, mais il reste plus de 300m facilement! et c'est à ce moment que j'attrappe une crampe! aiiie! ca pique! je ne peux plus nager! je me mets sur le dos, j'ai le mollet droit en feu! finalement j'arrive à détendre le muscle.
Arrive la fin de la natation, je me relève, jette encore un coup d'oeil à la montre 1h09, cours jusqu'a mon emplacement et en 4'21, j'enlève ma combi, mon maillot de bain, enfile ma tenue de cycliste, lunette, casque aéro, chaussettes, chaussures vélo et dossard et c'est partit pour 180km. Je sors du parc en même temps que beaucoup de concurrents, à la sortie de l'eau, j'etais 672eme sur les 2750 inscrits. Mais le plus dur allait commencer.
Dès les premiers kilomètres vélo, le compteur affiche tout de suite des chiffres supérieurs à 40, pourtant, je roule véloce, sans vraiment trop appuyer, mais le vent est largement favorable et la première demi heure de course se fait à plus de 40km/h, dès que je me fais doubler, j'arrete de pédaler, dès que je double, j'appuie un peu plus, soudain un gros groupe arrive, c'est honteux! au moins 30 personnes, un gros draft c'est incroyable! alors j'arrête de pédaler le temps que tout ce gros lot de tricheur passe et je continue ma longue aventure en solitaire.
J'ai toujours cette petite pointe au mollet qui m'ennuie, je m'etire sur le vélo, m'alimente toutes les 15 minutes et bois tous les 5km.
La route commence à s'élever par endroit, et dès que je commence a sentir que je vais être en puissance, je monte un pignon, il n'est pas question de commencer a se faire mal.
On arrive sur les portions élevées de ce circuit vélo, une bosse de 6% sur 3km que je passe extremement bien, tranquillement, en danseuse, c'est à cet endroit que je rattrappe énormement de monde. Après ce passage, ca monte, ca descend, c'est plat...
J'attrappe les bidons proposés au ravitaillement: coca, iso, eau, ca fait du bien un peu de coca, je ne suis partit qu'avec deux bidons d'eau comme liquide.
Au km 70, la route est une longue ligne droite d'au moins 20km, et devant, a environ 50m, j'aperçois un mec chuter, merde! je sais pas comment il a fait, c'est tout droit pourtant! il n'a pas l'air de s'être fait trop mal, je continue ma route.
Au km 80, on arrive sur le mur, plus d'un km a 10%, a ma grande surprise, je suis super bien dedans, toujours très à l'aise sur le vélo.
km 90, premier tour terminé, il est temps de jeter un oeil au compteur: 2h35, plus que 90km avant d'entamer le marathon.
De suite je sens que le vent à tourné, en pleine face! 33-34km/h maintenant contre plus de 40 au même endroit tout à l'heure! mais c'est pas une raison suffisante pour se mettre dans le rouge, je reste concentré, je l'alimente et bois suffisement.
La route est longue et au km 130, les premiers signes de fatigue commence à se faire sentir, mais dès que je me mets un peu en danseuse, ca va mieux mais la bosse de 3km à 6% me fait un peu peur. Lorsque l'on y arrive, je grimpe cette fois-ci assis, un peu moins vite que tout à l'heure mais ca va, je continue a gagner quelques places.
Au km 150, j'aperçois le lac, plus que 30km de vélo, je commence alors a relacher un peu. Je suis en position aéro quand soudain un gros choc me secoue! c'est ma roue avant qui a pris un gros trou! heureusement je tenais bien mon prolongateur sinon j'etais a terre! Je me souviens alors que le gars du tour précédent était tomber a peu près a cet endroit, dans cette longue ligne droite, j'en conclu alors qu'il ne tenait pas bien son guidon, a pris le trou et à chuter... Je galère un peu pour remettre mon prolongateur bien droit...
Km 170, le murrrrrrr aiiiie ca pique, j'avance plus 11-11,5km/h dans ce truc à 10% waouh je subi! mais je m'accroche dans quelques minutes je vais poser le vélo.
La fin du circuit vélo est pénible est difficile, heureusement que c'est la fin. Je commence a enlever les chaussures, j'ai roulé en 5h20 ces 180km et je suis remonté 517eme, j'ai donc gagné 155 places.
La transition s'effectue tranquillement. Je m'essuie le visage, change de lunettes, enfile ma tenue pour courir le marathon, accroche ma ceinture porte bidon, fais mes lacets et mets ma casquette. Je bois un coup, vérifie que j'ai rien oublié et c'est partit pour 42km195...
Je jette un oeil à la montre et je calcule un peu, je vois qu'un chrono de <11h est envisageable avec un marathon en 4h23 et je pense pouvoir courir entre 1h et 1h05 chaque 10km, je vais vite changer d'avis...
A peine 5' de course et j'entends un mec en vélo hurler derrière moi, d'après ce que je comprends (il parle anglais) il demande de serrer a droite car le premier arrive! quooiiii!? Eh ouai Ronnie S. à déjà deux bracelets autour du poignet, il a donc bientot 21,1km de courru lorsqu'il arrive, je prends bien mon temps a le regarder, il est impressionnant! un vrai robot! la tête bien droite il regarde droit devant, un vrai guerrier bien determiner a remporter les 10 000$ promis au vainqueur. Une fois qu'il m'a doublé, je retourne dans ma course, reste concentré.
Ah j'ai besoin de pisser un coup! je m'arrete dans un buisson quelques secondes et je repars, doucement, a mon rythme. Le marathon s'annonce très dur et encore quelques minutes après j'ai mal au ventre, j'aperçois une cabine WC sur le circuit alors je m'y arrete, je prends 2' puis repars...
La boucle a effectuer 4 fois a pied est très longue! un vrai labyrinthe! je passe le premier tour en 59', a ce moment la, j'espere encore tourner au alentour des 4h car je connais ma régularité à pied, mais en fait sur ironman, c'est carrement different!
Au deuxième tour je commence a perdre de la vitesse, mais c'est pas pour autant que je m'arrète! je dois continuer a courir.
Km 13, encore mal au ventre, merde, faut encore s'arreter... rebelotte, 2' de stop and go dans la cabine WC. Je pense alors que je vais devoir m'arreter comme ceci à chaque tour, mais finalement, ce sera la dernière fois...
Le deuxième tour est passé! et j'entends alors une grande alarme retentir et je vois des ballons s'envoler dans le ciel, un homme hurle en allemand: le speacker, pas besoin de me faire un dessin lorsque je regarde le chrono. 8h17, c'est biensur l'arrivée du premier! Ronnie S. L'emporte pour la 4eme année, en 8h12! impressionnant! Mais moi il me reste 21,1km a faire...
Depuis le début de ce marathon je ne m'alimente pas, je ne fais que boire, et en plus j'évite le coca et l'iso pour ne pas a avoir à repasser aux WC, erreur de ma part puisque c'est surement ca qui m'a fait plonger sur le marathon. Je commence alors a prendre des bananes sur les ravitaillements, mais je commence a être saturé du sucre depuis ce matin...
Dans ce troisième tour, ca commence a être difficile, j'ai mal aux hanches, aux pieds mais je cours encore, et ce depuis plus de 30km maintenant. Mais je vois que je perds bien trop de temps, si je passe le 31eme km en plus de 3h23, c'est mort pour le sub. 11h et vu que je commence vraiment à déguster physiquement, je me force a courir jusqu'au 31em pour ensuite altérner marche/course sur les 10 derniers km. De toute façon c'est mort pour le sub 11h alors, on est plus a quelques minutes près, 11h05 ou 11h20 c'est pas trop important.
Sur les ravitaillements je prends maintenant des gels, ahh! ca me boost! quel con! j'aurais du en prendre plus tôt! maintenant c'est trop tard! Dès que je recommence a courir je vais largement plus vite qu'au début du marathon. Je cours jusqu'a ce que je sente les crampes dans les mollets, dès que la crampe arrive je marche quelques mètres puis repars. Jusqu'au 39eme km comme ca, puis grosse crampe a la cuisse gauche qui m'empêche même de marcher. Obligé de m'arreter m'étirer. Je vois des mecs comme moi, en train de s'étirer, d'autres assis au bord de la route, un autre plié en deux en train de vomir et des dizaines en trains de marcher. A croire que l'on rentre de la guerre...
C'est bientôt fini, je savoure chaque mètre.
Km 42! plus que 200m c'est fini! au lieu de continuer tout droit, je prends a droite pour rejoindre la finishline!!! des milliers de personnes applaudissent c'est magique! je suis sur le tapis bleu et dans quelques secondes je serais un ironman! du bruit! enormement de bruit! de la music! les gens qui hurlent, qui frappent dans les mains, dernier virage c'est terminé! plus que 20 mètres, je vois l'arche d'arrivée! je m'arrète, personne derrière, ce moment est a moi, rien qu'a moi, je lève le bras, passe sous l'arche JE SUIS UN IRONMANNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN!!!!
11 heures 24 minutes 47 secondes, tout est terminé j'ai réalisé mon rêve, et je suis même le plus jeune finisher de cette édition de l'ironman Suisse 2010...
Au final je termine 985eme sur un peu moins de 2000 finishers et 20 eme dans ma categorie, j'ai perdu plus de 460 places sur le marathon.
Je récupère ma médaille de finisher, passe sur le stand photo pour me faire prendre en photo avec et je vais chercher mon diplome, mon t-shirt et mon sac laissé à l'organistion le matin.
Journée magique!
Je tenais à remercier pas mal de monde: d'abord mon père, c'est grâce a lui que ce projet à vu le jour en Septembre 2009, sans lui je n'aurais surement jamais fait de sport et encore moins de triathlon.
Mes grands parents qui m'ont accompagné durant ces 4 jours d'aventure...
Et les sponsors qui m'ont aidé financièrement et avec du matériel tel que Ekoi avec les deux casques et les deux pairs de lunettes.
Monsieur Addenet qui m'a gentillement offert tous les frais de déplacement et qui est même venu me voir disputer cet ironman accompagné de ma mère.
Mon club de cyclo LE GRAND BRAQUET PAU-JURANCON qui m'a aidé financièrement.
A Monsieur Philippe Maury qui s'est veritablement décarcasé pour me trouver des sponsors et des contacts pour diffuser un article sur mon aventure dans les médias... mais aussi pour ses excellents conseils en natation.
Et enfin à tous mes amis qui m'ont encouragé via internet, le telephone etc...
Merci à tous ceux qui se sont interessé a mon histoire et a mon aventure.
J'espere que certains se laisseront tenté par le magnifique sport qu'est le triathlon pour peut être un jour devenir vous aussi un IRONMAN.
Merci à tous.
An IRONMAN...